Troubles du comportement et maladies neurocognitives à domicile : que faire en tant qu'IDEL ?
Orion Santé

- Qu'appelle-t-on symptômes comportementaux et psychologiques de la démence (SCPD) ?
- Comprendre avant de réagir : le sens derrière le comportement
- Les bonnes pratiques face à un patient agité ou agressif
- Le rôle de l'IDEL dans la prévention des troubles du comportement
- Accompagner l'aidant familial, souvent en première ligne
- Quand solliciter un avis médical ou spécialisé ?
Qu'appelle-t-on symptômes comportementaux et psychologiques de la démence (SCPD) ?
La Haute Autorité de Santé regroupe sous ce terme l'ensemble des troubles du comportement jugés perturbateurs ou dangereux par l'entourage et les soignants, associés à une maladie neurocognitive :
• agitation et agressivité, verbale ou physique ;
• opposition et refus des soins ;
• déambulation, errance ;
• désinhibition ;
• cris répétés ;
• idées délirantes, hallucinations ;
• troubles du rythme veille-sommeil.
Ces manifestations ne relèvent pas d'un « caractère difficile » du patient : elles traduisent le plus souvent une souffrance, un besoin non exprimé, ou une réaction à un environnement mal adapté à ses capacités restantes.
Comprendre avant de réagir : le sens derrière le comportement
Un langage à décoder
Un patient qui ne parvient plus à exprimer verbalement une douleur, une gêne ou une peur peut la manifester par l'agitation, les cris ou l'agressivité. Avant toute réaction, il est utile de se demander : que cherche à exprimer le patient à travers ce comportement ?
Les déclencheurs les plus fréquents
• une douleur non repérée (rétention urinaire, constipation, escarre naissante) ;
• une confusion aiguë surajoutée (infection, déshydratation, effet indésirable médicamenteux) ;
• un environnement bruyant, une luminosité excessive, un changement de routine ;
• une communication trop rapide, trop d'informations données en même temps ;
• la fatigue de fin de journée, phénomène connu sous le nom de « syndrome crépusculaire ».
Un mésusage de benzodiazépines ou de psychotropes peut également aggraver ou provoquer des troubles du comportement chez la personne âgée ; vous pourrez retrouver notre article sur le repérage des addictions et du mésusage de médicaments à domicile dans quelques jours qui détaillera les signaux à surveiller à ce sujet.

Les bonnes pratiques face à un patient agité ou agressif
Adapter sa posture et sa communication
• parler lentement, avec des phrases courtes et simples ;
• se placer à hauteur du regard, éviter les gestes brusques ou d'approcher par derrière ;
• ne pas chercher à raisonner ou à contredire frontalement le patient ;
• privilégier une voix calme, même si le ton du patient s'élève ;
• proposer une seule consigne à la fois.
Ce qu'il faut éviter
• hausser le ton ou entrer en confrontation ;
• forcer un soin en cas de refus, sauf urgence vitale ;
• multiplier les questions ou les explications complexes ;
• minimiser ou ignorer un comportement qui se répète.
En cas d'agitation aiguë
Si un épisode de confusion aiguë avec agitation apparaît brutalement chez un patient jusque-là stable, il ne faut pas systématiquement l'attribuer à la maladie neurocognitive : une cause somatique (infection urinaire, déshydratation, douleur) doit être recherchée en priorité et signalée au médecin traitant. C'est d'ailleurs l'objet d'une recommandation HAS distincte, spécifiquement dédiée à la confusion aiguë chez la personne âgée.
Le rôle de l'IDEL dans la prévention des troubles du comportement
L'infirmier libéral, par la régularité de ses passages, peut agir en amont :
• repérer les facteurs déclenchants récurrents et les transmettre aux autres intervenants ;
• maintenir une routine de soin stable et prévisible, rassurante pour le patient ;
• surveiller les signes de douleur, d'inconfort ou d'infection souvent à l'origine d'une aggravation comportementale ;
• alerter en cas de sur-prescription ou de prescription prolongée de psychotropes, la HAS recommandant de privilégier les approches non médicamenteuses en première intention.
Accompagner l'aidant familial, souvent en première ligne
Les troubles du comportement sont l'une des principales causes d'épuisement des aidants familiaux, et parfois de rupture du maintien à domicile. L'IDEL peut :
• valoriser les efforts de l'aidant et rappeler que ces comportements ne sont pas dirigés contre lui ;
• transmettre quelques repères simples de communication adaptée ;
• signaler tout signe d'épuisement de l'aidant au médecin traitant, afin d'envisager un relais (accueil de jour, hébergement temporaire, aide à domicile complémentaire).
👉 Cette dimension d'écoute et de soutien rejoint la posture générale décrite dans notre article Gestion des crises psychiques et détresse psychologique à domicile, applicable également à l'entourage du patient.
Quand solliciter un avis médical ou spécialisé ?
Une transmission ou une orientation s'impose lorsque :
• un comportement inhabituel apparaît brutalement (suspicion de confusion aiguë) ;
• l'agressivité met en danger le patient, l'aidant ou l'intervenant ;
• les troubles du comportement s'intensifient ou se répètent malgré les ajustements ;
• l'aidant montre des signes d'épuisement.
Les interlocuteurs à mobiliser : le médecin traitant, une consultation mémoire ou de gériatrie, un(e) psychologue spécialisé(e), ou une équipe spécialisée Alzheimer (ESA) selon les ressources du territoire.
À retenir
Les troubles du comportement liés aux maladies neurocognitives ne sont ni une fatalité ni un signe de « mauvais caractère » : ils traduisent le plus souvent un besoin non exprimé ou une réaction à un environnement inadapté. Comprendre le déclencheur, adapter sa communication, rechercher systématiquement une cause somatique en cas d'agitation brutale et soutenir l'aidant sont les leviers essentiels dont dispose l'IDEL, avant tout recours à une prise en charge médicamenteuse.
Sources
HAS — Maladie d'Alzheimer et maladies apparentées : diagnostic et prise en charge