Reconnaître un trouble neurocognitif : symptômes, signaux d’alerte et diagnostic précoce
Orion Santé

- Trouble neurocognitif : de quoi parle-t-on ?
- Pourquoi le repérage précoce est essentiel ?
- Les principaux symptômes d’un trouble neurocognitif
- Les signaux d’alerte à repérer pendant une tournée
- Diagnostic précoce : quel rôle pour l’IDEL ?
- Comment adapter sa posture face à un patient présentant des signes cognitifs ?
- Troubles neurocognitifs : un repérage qui protège aussi les aidants
- À retenir
Trouble neurocognitif : de quoi parle-t-on ?
Le DSM-5, reconnaît six domaines cognitifs dans le trouble neurocognitif : attention complexe, fonctions exécutives, apprentissage et mémoire, langage, activités perceptivo-motrices, cognition sociale. Il s’agit donc d’un trouble correspondant à un déclin significatif et évolutif d'une ou plusieurs fonctions cognitives. Il peut toucher la mémoire, le langage, l'attention, les fonctions exécutives (raisonnement, organisation, planification), les capacités perceptivo-motrices ou la cognition sociale, avec des répercussions possibles sur le comportement et l'autonomie au quotidien.
La maladie d’Alzheimer se manifeste notamment par des troubles de la mémoire récente, des oublis répétés et des difficultés à traiter plusieurs informations en même temps, selon l’Assurance Maladie.
Sur le plan médical, la maladie d'Alzheimer est une pathologie neurodégénérative chronique et évolutive. Elle cause la plus fréquente de trouble neurocognitif majeur (environ 60 à 70 % des cas). Elle se caractérise par deux lésions cérébrales spécifiques :
• L'accumulation extracellulaire de peptide bêta-amyloïde, qui s'agrège en plaques séniles (ou plaques amyloïdes) entre les neurones. Ces plaques perturbent la communication synaptique entre cellules nerveuses
• la dégénérescence neurofibrillaire, causée par une protéine tau devenue anormale. Cette protéine soutient normalement le squelette interne du neurone. Une fois altérée, elle se détache et s'accumule en filaments à l'intérieur de la cellule, qui perd alors sa structure.
Pourquoi le repérage précoce est essentiel ?
Un repérage précoce permet d’orienter le patient vers une évaluation médicale, d’anticiper les risques et d’adapter l’accompagnement. Il permet aussi de mieux informer les aidants et de sécuriser la prise en charge à domicile.
Les troubles neurocognitifs restent encore souvent sous-diagnostiqués ou diagnostiqués tardivement, ce qui renforce l’importance du repérage en soins primaires et en ville.
Les principaux symptômes d’un trouble neurocognitif
Les troubles de la mémoire
Les oublis deviennent préoccupants lorsqu’ils sont répétés, inhabituels et qu’ils perturbent la vie quotidienne.
Exemples observables à domicile :
• le patient oublie la venue de l’infirmière ;
• il répète plusieurs fois la même question ;
• il ne se souvient plus d’un soin déjà réalisé ;
• il oublie de prendre son traitement ;
• il ne retrouve plus des objets du quotidien.
Les troubles de l’orientation
Le patient peut se tromper de jour, d’heure, de lieu ou avoir du mal à se repérer dans son environnement habituel.
À domicile, cela peut se traduire par :
• une confusion sur les horaires de passage ;
• une difficulté à identifier les pièces du logement ;
• une désorientation lors d’un déplacement court ;
• une confusion entre plusieurs professionnels.
Les troubles du langage
Les troubles du langage peuvent être progressifs. Le patient cherche ses mots, remplace un mot par un autre ou a du mal à suivre une conversation.
Pour l’IDEL, ces signes doivent alerter lorsqu’ils apparaissent de manière répétée ou s’aggravent dans le temps.
Les difficultés dans les gestes du quotidien
Un trouble neurocognitif peut altérer la capacité à réaliser des gestes connus : préparer un repas, utiliser un téléphone, organiser ses médicaments ou gérer une ordonnance.
Dans les soins, cela peut se traduire par une incompréhension des consignes, une mauvaise préparation du matériel ou une difficulté à coopérer.
Les changements de comportement
Les troubles neurocognitifs ne se manifestent pas uniquement par des pertes de mémoire. Ils peuvent aussi entraîner anxiété, irritabilité, repli, opposition, agitation ou perte d’intérêt pour les activités habituelles.
Ces changements doivent être observés avec attention, surtout lorsqu’ils sont nouveaux ou en rupture avec le comportement habituel du patient.

Les signaux d’alerte à repérer pendant une tournée
Pour une infirmière libérale, certains signaux doivent conduire à renforcer la vigilance :
• oublis fréquents ou inhabituels ;
• erreurs répétées dans la prise de traitement ;
• refus de soins nouveau ou inexpliqué ;
• confusion sur les personnes, les lieux ou les horaires ;
• négligence de l’hygiène ou de l’alimentation ;
• perte d’autonomie soudaine ou progressive ;
• propos incohérents ou changement brutal d’humeur ;
• inquiétude exprimée par l’aidant.
Ces éléments ne permettent pas de poser un diagnostic, mais ils justifient une transmission au médecin traitant ou à l’équipe de coordination.
Diagnostic précoce : quel rôle pour l’IDEL ?
L’IDEL ne diagnostique pas un trouble neurocognitif. Son rôle est d’observer, de documenter les données cliniques lors du bilan infirmier et de rédiger une clinique en vue de transmettre.
Observer dans la durée
Un signe isolé n’a pas toujours la même valeur qu’une évolution combinée et répétée. L’IDEL peut vérifier et relever les changements observés au fil des passages : mémoire, comportement, autonomie, observance, relation aux soins. Cette observation clinique fait partie de l’examen clinique qui sera à compléter par l’entretien (recueil de données objectif). L’objectif étant de poser un diagnostic infirmier et d’envisager un planification des interventions et des transmissions.
Transmettre les informations utiles
Les transmissions peuvent porter sur :
• la fréquence des oublis ;
• les difficultés de compréhension ;
• les erreurs de traitement ;
• les risques au domicile ;
• l’évolution du comportement ;
• les inquiétudes de l’aidant.
Encourager une évaluation médicale
Lorsque les signes sont répétés ou préoccupants, l’IDEL peut orienter le patient ou l’aidant à consulter le médecin traitant. À ce titre, l’infirmier réalise une lettre d’adressage en transmettant sa note clinique. Le médecin pourra ensuite orienter vers des examens complémentaires ou une consultation spécialisée si nécessaire.
Comment adapter sa posture face à un patient présentant des signes cognitifs ?
Face à un patient désorienté ou anxieux, la posture relationnelle est essentielle.
Quelques principes utiles :
• se présenter et annoncer ce qu'on va faire avant de le faire, en particulier avant tout contact physique ;
• se placer à hauteur du regard, jamais en position dominante (debout au-dessus du patient assis ou alité) ;
• aborder la personne de face, jamais par surprise ni dans son dos ;
• donner une seule consigne à la fois, et un seul interlocuteur qui parle ;
• ne pas chercher à corriger systématiquement une fausse croyance si cela génère de l'angoisse (approche validante plutôt que confrontante) ;
• s'appuyer sur les capacités préservées plutôt que sur les pertes ;
• limiter les sources de bruit et de stimulation dans l'environnement ;
• maintenir une continuité des intervenants et des repères familiers (routines, objets, visages connus) ;
• rechercher une cause somatique (douleur, inconfort, besoin non exprimé) derrière une agitation soudaine
• laisser un espace de choix, même minime, pour préserver le sentiment de contrôle.
L’objectif est de maintenir l’alliance thérapeutique tout en sécurisant la prise en charge.
Troubles neurocognitifs : un repérage qui protège aussi les aidants
Les aidants sont souvent les premiers à constater les changements, mais ils peuvent les minimiser ou les attribuer au vieillissement. L’IDEL peut aider à objectiver la situation et à faire le lien avec le médecin.
Repérer tôt un trouble neurocognitif, c’est aussi prévenir l’épuisement familial, anticiper l’organisation des soins et limiter les situations de crise.
À retenir
Reconnaître un trouble neurocognitif repose sur l’observation progressive des symptômes : mémoire, orientation, langage, comportement, autonomie et sécurité au domicile.
Pour l’IDEL, le rôle est central : repérer, transmettre, rassurer, accompagner et contribuer à un parcours de soins plus précoce et mieux coordonné.
Sources
Ameli — Symptômes et diagnostic de la maladie d’Alzheimer
Feil, N. (2018). Validation, la méthode de Naomi Feil pour une vieillesse pleine de sagesse : aider et accompagner les grands vieillards désorientés (4e éd.). Lamarre.