Réforme infirmière : dix ans de transformation de la profession selon la DGOS
Orion Santé

Une réforme née de dix années de transformation du métier
De la coopération médecins-infirmiers à la réingénierie du métier socle
Avant de rejoindre la DGOS, Brigitte Feuillebois a travaillé au sein de l'ARS Île-de-France sur les protocoles de coopération entre médecins et infirmiers, un chantier qui a permis d'amorcer une redistribution progressive de certaines activités médicales vers la profession infirmière. Cette expérience régionale a nourri sa mission nationale, engagée au moment où étaient publiés les textes d'application de la pratique avancée, à l'été 2018.
Sur le plan légal, le point de départ de cette dynamique se situe dès 2016, avec la loi de modernisation du système de santé, qui a posé les bases de l'évolution de la profession sur les sujets de prévention, de parcours de soins et d'accès aux soins.
Le rôle accélérateur de la crise sanitaire
La crise Covid-19 a joué un rôle de catalyseur plutôt que de point de départ : selon la DGOS, elle a démontré la capacité d'adaptation de la profession infirmière et a créé un contexte politique favorable à une remise à plat globale du métier. C'est dans la foulée, en 2021-2022, que le ministère de la Santé a officiellement lancé une réflexion d'ensemble sur la profession, un travail mené malgré les aléas politiques (remaniements ministériels, dissolution de l'Assemblée nationale) jusqu'à l'aboutissement des arrêtés « actes, soins et prescription » fin juin 2026.
Ce qui change concrètement pour les infirmiers
La consultation infirmière, symbole de l'autonomisation de la profession
Point central de cette réforme : la sécurisation juridique de la consultation infirmière. Cette pratique existait déjà dans les faits mais restait, selon la DGOS, « confidentielle » sur le plan légal. Le nouveau cadre d'autonomie renforcée est présenté comme l'aboutissement logique d'une stratégie de renforcement des compétences infirmières, pensée pour sécuriser l'exercice et répondre aux enjeux d'accès aux soins identifiés notamment par l'Organisation mondiale de la santé.
Des délégations d'activités élargies
Au-delà de la consultation infirmière, la réforme touche plus largement les délégations d'activités, de compétences et de tâches entre médecins et infirmiers, un axe de travail central pour la DGOS depuis plusieurs années et qui trouve sa traduction dans les arrêtés publiés fin juin 2026.
Spécialités infirmières : des chantiers encore ouverts
Si le cadre général de la profession est désormais posé, plusieurs chantiers restent en cours pour les spécialités :
- Infirmières puéricultrices : des travaux ont démarré avant l'été 2026 avec les représentants professionnels et organisations syndicales ; une première version du référentiel est espérée fin 2026.
- Infirmiers anesthésistes diplômés d'État (IADE) : un premier texte est déjà paru, dans le cadre de la reconnaissance des diplômes.
- Infirmiers de bloc opératoire diplômés d'État (IBODE) : le sujet a été ouvert par la DGOS, sans calendrier précisé à ce stade.
- Santé scolaire et universitaire : une nouvelle spécialité est à l'étude.
- Infirmiers en pratique avancée (IPA) : une nouvelle feuille de route a été communiquée aux représentants IPA en début d'année 2026.
Un effet domino sur les autres professions paramédicales
La DGOS souligne que l'évolution du métier infirmier a des répercussions directes sur d'autres professions paramédicales. Les référentiels d'activités, de compétences et de formation des aides-soignants doivent ainsi être ajustés pour intégrer les nouvelles règles applicables aux infirmiers. Cette logique de réingénierie coordonnée — plutôt que profession par profession, comme cela pouvait être le cas par le passé — a également concerné les réformes des aides-soignants et des auxiliaires de puériculture, ainsi que la création d'une certification pour les assistants de régulation médicale. Un projet de réingénierie du diplôme de psychomotricien a en revanche été suspendu.
Ce qu'il faut retenir pour les IDEL
Ce bilan confirme une tendance de fond que les infirmiers libéraux observent déjà sur le terrain : un exercice plus autonome, une reconnaissance juridique renforcée de la consultation infirmière et un périmètre de compétences élargi, dans un mouvement engagé depuis 2016 et consolidé par les arrêtés de juin et août 2026. Les prochains mois seront déterminants pour les infirmiers concernés par une spécialité (puériculture, bloc opératoire, pratique avancée), dont les référentiels sont encore en cours d'ajustement.
Source principale
Cet article s'appuie sur l'interview de Brigitte Feuillebois, conseillère experte à la DGOS, publiée par Hospimedia : Clémence Nayrac, « La réforme infirmière est un élément phare dont nous pouvons collectivement être fiers », Hospimedia, 26 août 2026.