Télésanté Idel, quels avantages organisationnels ?
Orion Santé

Comment intégrer la télésanté à la tournée Idel
Face aux tensions d’accès aux soins et à l’évolution des pratiques, la télésanté s’installe progressivement dans le quotidien infirmier.
Encore peu utilisée, parfois mal comprise, elle soulève des questions d’ordre pratique, de relation aux patients et de cadre professionnel.
Elle offre pourtant des perspectives en matière de prises en charge, d’accès aux soins médicaux, de relation aux patients dans le cadre d’usages définis et adaptés au terrain.
Cet article propose aux Idel, une lecture pratique pour comprendre quand et comment intégrer la télésanté. Quels avantages organisationnels en attendre dans la tournée, quels repères juridiques et déontologiques connaître et les modalités de cotation à maîtriser.
Télésanté Idel : cadre juridique et déontologique
Les règles principales
Avant d’intégrer la télésanté dans la pratique quotidienne, quelques repères essentiels permettent de sécuriser le cadre d’intervention :
◆ Le patient doit être connu au préalable avec à minima 1 acte ou 1 bilan dans les 12 mois précédents.
◆ Le patient a été informé et a donné son accord.
◆ La pertinence du soin doit être valide.
◆ Le matériel de vidéotransmission répond à la confidentialité. En cas de transmission d’informations, elles sont effectuées de manière sécurisée. Certains logiciels de facturation proposent une option de vidéotransmission conforme aux normes exigées.
◆ La transmission de la séance est obligatoire, elle doit comporter la date, l’heure et le contenu de la séance dans le dossier du cabinet et dans le DMP - Dossier Médical Partagé - s’il est ouvert.
Les différents actes existants
Le télésoin est côté TMI, il correspond aux soins réalisés à distance. Son seuil maximum s’élève à 20 % de l’activité annuelle. Le télésoin peut être alterné avec le présentiel.
Le télésoin concerne 4 types d’actes :
◆ Une séance de surveillance clinique et de prévention après une hospitalisation liée à une décompensation.
◆ L’accompagnement à la prise de médicaments.
◆ L’acte de surveillance et d’accompagnement à l’insuline.
◆ L’acte de suivi de pansement à distance.
La téléconsultation (avec un médecin ou une sage-femme) : est cotée TLS lors d’un acte prévu, le cumul des actes est possible. Est cotée TLL dans un lieu dédié et TLD au domicile et non prévue.
La téléexpertise RQD (avec un médecin ou une sage-femme) : elle permet la consultation afin de valider une décision diagnostique ou thérapeutique. Un nombre maximum est fixé, soit 4 par patient et par an.

Retour des patients à propos de la télésanté
Les études françaises (HAS, Assurance maladie, IRDES, retours ARS) ont montré l’adoption rapide des outils numériques, même chez les patients peu technophiles. Avec une levée progressive des freins liés au numérique et une diffusion plus large des usages. Par ailleurs, les retours font état d’un bon niveau de satisfaction.
Les patients apprécient d’être dans le confort de leur domicile, sans gêne liée aux déplacements et la facilité d’organisation concernant leur agenda.
Les freins soulignés concernent une qualité relationnelle variable et l’absence d’examen clinique qui réduit l’accès à la téléconsultation. Bien que volontiers pratiqué, les usages en sont modulés par les besoins réels des patients. En pratique, beaucoup de patients apprécient la souplesse offerte, tout en restant attachés au contact du présentiel. Le dernier frein évoqué concerne les problèmes d’ordre techniques comme l’insuffisance de réseau qui peut nuire à la qualité de la vidéotransmission.
En conclusion, la télésanté ne s’adresse pas à tous ni à toutes les situations bien qu’elle se soit largement développée
Intégrer la télésanté et organiser la tournée Idel
En pratique libérale, la télésanté trouve surtout sa place comme outil complémentaire au présentiel plutôt que comme substitution. Certaines situations se prêtent particulièrement à une approche hybride, par exemple les fins de série de pansements lorsque l’évolution est favorable, ou les temps d’éducation thérapeutique dans le cadre de l’insulinothérapie avec un suivi régulier sans examen clinique direct.
Utilisée de manière ciblée, elle peut permettre d’adapter l’organisation de la tournée en évitant certains déplacements à faible valeur clinique, tout en maintenant un cadre sécurisé pour le patient. Cela peut apporter un peu de souplesse dans la planification quotidienne, notamment pour les patients actifs, éloignés géographiquement ou confrontés à des contraintes de déplacement.
Dans un contexte de tension d’accès aux consultations médicales, la télésanté peut également faciliter la coordination avec le médecin ou la sage-femme lorsque ces derniers sont équipés et favorables à cette pratique. Elle devient alors un outil d’appui organisationnel, contribuant à sécuriser le parcours de soins sans modifier la place centrale du soin en présentiel.
La Ngap et les cotations spécifiques à la télésanté
Voici un repère rapide pour s’y retrouver parmi les principales cotations liées à la télésanté :
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Cotations
🟢 Télésoin = TMI 1.6 cumulable avec la majoration dimanche, MAU, MIE.
🟢Téléconsultation TLS 10 euros, cumulable avec les actes réalisés (art.1113.4.c Ngap). Dans le cadre d’une visite prévue.
🟢 Téléconsultation TLL 12 euros, cumulable avec des indemnités de déplacement (maximum 2 fois par jour), dérogation à l’article 13 de la Ngap. Au sein d’un lieu dédié.
🟢 Téléconsultation TLD 15 euros. Au domicile du patient.
🟢 Téléexpertise = RQD 10 euros, obligation de transmission des informations cliniques au médecin ou à la sage-femme. Pas de demande préalable.
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Il peut être intéressant d’approfondir ses connaissances de la NGAP perfectionnement pour aller plus loin dans les cotations moins fréquentes telles que les actes de télésanté, mais aussi les plus complexes. Ce qui permet d’éviter d’éventuelles erreurs de facturation indésirables. Tout comme le programme spécifique de Téléconsultation pour être parfaitement à l’aise dans le domaine.
Plus qu’un simple outil technique, la télésanté peut accompagner une évolution progressive des pratiques infirmières libérales, en s’appuyant sur des usages ciblés et adaptés aux réalités du terrain.
Utilisée avec discernement, elle favorise l’autonomisation des patients, renforce la relation de confiance et contribue à optimiser certaines prises et elle devient complémentaire au présentiel.
Dans un contexte d’accès aux soins de plus en plus contraint, notamment en zones rurales, de montagne ou éloignées des centres médicaux, elle ouvre des perspectives intéressantes pour améliorer la collaboration avec les médecins et fluidifier les parcours.
L’enjeu pour les Idel n’est pas de transformer leur pratique, mais d’intégrer progressivement ces outils comme un levier supplémentaire d’adaptation, au service d’une organisation plus souple, coordonnée et centrée sur les besoins réels des patients.
Article rédigé en collaboration avec Béatrice Perrin, infirmière DE diplômée en 1989 - a exercé en structure pendant 20 ans en tant qu'IDEL
Sources :
Qualité et sécurité des actes de téléconsultation et de téléexpertise