Infirmières libérales, sommeil et récupération
Orion Santé

Idel, pourquoi dormir ne suffit pas et comment y répondre ?
Le sommeil et la récupération constituent des déterminants majeurs de la santé des soignants, pourtant souvent négligés au second plan face aux exigences du quotidien professionnel.
Plusieurs études montrent que les soignants dorment moins longtemps que la population générale. Mais surtout, que l’organisation du travail influence directement la qualité du sommeil et la capacité réelle de récupérer.
Dans un métier marqué par l’autonomie et des amplitudes horaires importantes, les mécanismes habituels de récupération peuvent ne pas suffire.
Cette réalité fait d’ailleurs partie des spécificités de l’exercice libéral, avec ses forces mais aussi ses contraintes organisationnelles.
Pour mieux comprendre ces enjeux, vous pouvez consulter notre article dédié aux infirmiers libéraux : Avantages et inconvénients, qui explore en profondeur les réalités du terrain.
Dans cet article, nous proposons des pistes concrètes et réalistes pour soutenir la récupération au quotidien. Mais aussi, identifier ses propres repères et ajuster ses pratiques tout en ayant des journées bien remplies.

Pourquoi les infirmières récupèrent-elles peu, même en dormant bien ?
En 2017, l’étude Morphée a mis en évidence un temps de sommeil moyen inférieur chez les soignants (6 h contre 6 h 45 dans la population générale).
Elle souligne également une fréquence élevée de troubles du sommeil : difficultés d’endormissement (61 %), sommeil fragmenté (80 %), réveils nocturnes fréquents et sensation de sommeil non récupérateur pour près de deux tiers des répondants.
Ces données rappellent que le sommeil constitue aussi un indicateur de santé au travail. L’impact du contexte professionnel apparaît déterminant : amplitudes horaires étendues, rythmes irréguliers, autonomie organisationnelle importante et hypervigilance constante liée à la gestion des risques.
Facteurs spécifiques chez l’IDEL
Les fortes amplitudes de travail, les journées denses, la multiplicité des tâches et l’irrégularité des rythmes peuvent altérer la qualité du sommeil, même lorsque le temps de repos semble préservé.
Des difficultés d’endormissement ou des réveils précoces peuvent ainsi traduire une surcharge cognitive réelle plutôt qu’un simple trouble du sommeil.
La nécessité de rester joignable, voire d’intervenir durant la nuit (gestion d’une perfusion, urgence imprévue…), limite parfois la possibilité de se détendre pleinement. L’empreinte du stress organisationnel reste donc particulièrement présente dans l’exercice libéral.
Chez les IDEL en début d’activité, cette pression peut être encore plus marquée : construction de la patientèle, organisation administrative, découverte des rouages conventionnels… Si vous êtes dans cette phase, notre article 5 conseils pour réussir son installation en tant qu’infirmier libéral peut vous aider à structurer votre organisation et réduire certaines sources de surcharge mentale.
Dans ce contexte, même lorsque le nombre d’heures dormies paraît suffisant, la récupération peut rester incomplète. Les besoins en sommeil et les capacités de gestion du stress étant propres à chacun·e, il devient essentiel d’identifier progressivement son propre rythme et ses leviers d’équilibre.
Les signes d’une récupération insuffisante
Apprendre à repérer certains signaux faibles permet d’ajuster plus tôt ses pratiques et d’éviter une fatigue durable. Parmi les indicateurs fréquemment rapportés :
◆ Une fatigue persistante malgré un temps de sommeil jugé suffisant.
◆ Des erreurs d’inattention ou des oublis inhabituels, parfois révélateurs d’une fatigue cognitive sous-jacente.
◆ Une irritabilité ou une sensibilité émotionnelle inhabituelle dans le quotidien professionnel ou personnel.
◆ Une sensation de « ne jamais récupérer complètement », même après un jour de repos.
Ces signes ne sont pas nécessairement le reflet d’un manque de motivation ou d’une mauvaise hygiène de vie. Ils témoignent souvent d’un déséquilibre entre les exigences du métier et les mécanismes classiques de récupération.
Par ailleurs, la charge mentale ne provient pas uniquement des soins. Les enjeux de cotation, de facturation et de conformité réglementaire constituent également une source de tension importante pour de nombreuses IDEL. Se sentir sécurisée sur ces aspects peut contribuer indirectement à une meilleure récupération.
À ce sujet, retrouvez notre article sur la formation "devenir expert en cotation, facturation et réglementation" qui permet de gagner en clarté et en sérénité dans votre gestion quotidienne.
Soutenir sa récupération au quotidien : 3 axes essentiels
La récupération ne se limite pas au sommeil seul. Dans un métier exigeant comme celui d’infirmière libérale, elle repose sur plusieurs dimensions complémentaires qui interagissent entre elles. Il est possible de dormir suffisamment tout en restant fatigué·e si certaines formes de récupération restent insuffisantes.
Identifier ces différents niveaux permet d’apporter des ajustements ciblés, réalistes et progressifs, en fonction de ses propres besoins et de ses contraintes.
Trois axes principaux peuvent ainsi être explorés : la récupération physiologique, la récupération cognitive et la récupération émotionnelle.

Soutenir la récupération physiologique : respecter ses rythmes malgré des contraintes variables
Pour soutenir la récupération physiologique, diverses possibilités s’offrent à nous, elles s’inscrivent dans des notions de routines et de microajustements bénéfiques.
★ Micro-récupération : micro siestes, micro pauses, siestes de 20 minutes.
★ Alterner des tâches physiques et cognitives quand c’est possible.
★ Pratiquer la récupération après une tournée : aménager un sas de décompression personnelle, faire quelques étirements, marquer un temps de pause significatif avant la suite.
★ S’exposer à la lumière autant que possible pour améliorer le cycle circadien. Prendre le temps d’une marche courte à la mi journée par exemple.
★ Adopter des routines sommeil, surtout pendant les repos : horaires, boules quies et/ou masque, temps de récupération suffisant par rapport aux journées travaillées.
Si ces ajustements soutiennent la récupération physique, ils ne suffisent pas toujours à eux seuls. Une grande partie de la fatigue ressentie par les IDEL trouve également son origine dans la charge mentale et l’intensité psychologique du métier.
Favoriser un bon niveau de détente cognitive
Lâcher du lest mental peut s’avérer difficile, mais toujours bénéfique à une bonne récupération. Pas si facile, il est possible de mettre de petites pratiques en place en cours de journée :
★ La méthode Pomodoro : il s’agit de pratiquer une pause toutes les 90 minutes pour conserver un niveau de concentration optimal. Même si ce n’est pas réalisable de façon stricte, il est possible de l’aménager de manière plus souple pour en tirer bénéfice.
★ Prendre un temps pour quelques respirations conscientes afin de réduire la tension mentale.
★ Faire une pause tranquillité : admirer le paysage, le ciel et respirer.
Aménager des espaces sans sollicitation externe pendant les repos et accepter de limiter les écrans chaque fois que c’est possible est également important afin de ne pas être contraint·e en permanence.

Améliorer la récupération émotionnelle
Au-delà de la fatigue physique et de la sollicitation cognitive, l’intensité relationnelle propre au soin constitue également un facteur majeur de dépense d’énergie. Cette dimension, souvent moins visible, influence pourtant directement la qualité de la récupération.
Créer un rituel de « fermeture mentale » après la tournée et donner au cerveau un signal clair que la journée professionnelle est terminée.
★ Accueillir son vécu, se féliciter chaque fois que c’est possible.
★ Vérifier une dernière fois son agenda ou ses transmissions avant de clôturer la journée, pour un esprit tranquille.
★ Formuler une phrase interne simple pour une transition fluide : « Cette journée est maintenant achevée, place au repos ».
★ Pratiquer des activités de libération : trouver son activité privilégiée de détente.
Établir ses propres routines antisurcharge est essentiel au repos. Dans un environnement d’hyper sollicitation, c’est essentiel à une bonne récupération, une bonne santé générale et un sentiment général de bien-être.
Dans un exercice libéral exigeant, la récupération ne se résume pas uniquement au nombre d’heures dormies. Elle repose sur un équilibre plus global, mêlant dimensions physiologiques, cognitives et émotionnelles, chacune contribuant à préserver l’énergie et la qualité de présence au soin.
Plutôt que de rechercher des solutions idéales difficilement compatibles avec la réalité du terrain, il peut être plus pertinent d’explorer des ajustements simples, progressifs et personnalisés. Identifier ses propres repères, accepter d’expérimenter et reconnaître ses besoins constituent déjà des étapes importantes vers une récupération plus durable.
Article rédigé en collaboration avec Béatrice Perrin, infirmière DE diplômée en 1989 - a exercé en structure pendant 20 ans en tant qu'IDEL