Vies d’IDEL : comment la formation peut enrichir la pratique infirmière
Orion Santé

Enrichir sa profession par de nouvelles approches
Quoi de plus stimulant que d’élargir ses horizons ? D’apprendre et de développer de nouvelles grilles de lecture professionnelles ?
Dans un précédent article, nous examinions comment la formation peut améliorer la satisfaction professionnelle des infirmières en élargissant les possibilités dans leur travail quotidien, grâce au témoignage de Pauline.
Nous poursuivons notre exploration de vies d’idel qui ont choisi d’enrichir leur exercice grâce à des approches complémentaires, parfois très différentes de leur pratique initiale.
Qu’il s’agisse de sortir de la routine, de découvrir un autre mode relationnel, d’explorer la prévention ou des pratiques ancestrales. Elles nous ouvrent la voie de leur parcours généreux et riche.
Aujourd’hui, sur les pas de Julie, infirmière libérale dans le Vaucluse, nous nous intéressons à la pratique de la naturopathie. Après avoir suivi une formation de quatre ans en parallèle de son exercice infirmier, elle développe une activité complémentaire et nous partage son regard personnel.
La naturopathie à la loupe
Une pratique intégrative
La naturopathie a été définie en Europe comme « médecine non conventionnelle » en mai 1997. L’OMS de son côté, la classe parmi les médecines traditionnelles au même titre que la médecine traditionnelle chinoise ou l’ayurvéda, par exemple.
Qu’est-ce que la médecine traditionnelle selon l’OMS
Afin de mieux cerner la notion de médecine traditionnelle, voyons la définition donnée par l’OMS : « La médecine traditionnelle désigne des systèmes codifiés ou non codifiés de soins de santé et de bien-être, comprenant des pratiques, des compétences, des connaissances et des philosophies issues de différents contextes historiques et culturels, distincts de la biomédecine et antérieurs à celle-ci, qui partent de l’expérience et qui évoluent avec la science pour l’usage actuel. La médecine traditionnelle repose sur des remèdes naturels et des approches holistiques et personnalisées visant à rétablir l’équilibre entre l’esprit, le corps et l’environnement. »
Il est aussi intéressant de prendre en compte la place de la médecine traditionnelle au niveau mondial, tout comme son intérêt en termes de complémentarité.
Selon l’OMS toujours : « La médecine traditionnelle complète la biomédecine en proposant des soins holistiques, centrés sur la personne et adaptés aux différentes cultures. Elle met l’accent sur la prévention et l’équilibre – entre le corps, l’esprit et l’environnement – tout en permettant d’appréhender le mode de vie et des facteurs psychosociaux souvent négligés dans le cadre d’une prise en charge conventionnelle. Des thérapies comme l’acupuncture, la phytothérapie et le yoga sont de plus en plus utilisées en complément d’interventions biomédicales pour soulager la douleur, réduire les effets secondaires et améliorer la qualité de vie des personnes présentant des maladies chroniques. »
En 2018, la déclaration d’Astana sur les soins de santé primaires a souligné « la nécessité d’inclure les connaissances et les techniques médicales traditionnelles dans la prestation des soins de santé primaire, en vue de parvenir à la santé pour tous. »
D’après un rapport de l’OMS entre 40 et 90 % de la population mondiale a recours à la médecine complémentaire et intégrative dans 170 pays.
Les principes directeurs de la naturopathie
La naturopathie explore les différents aspects de la vitalité dans une analyse globale de la personne fondée sur les lois de la vie, les lois de l’équilibre.
Il s’agit d’une démarche de nature préventive qui vise à apporter une amélioration de la qualité de la vitalité qui s’intéresse à :
• L’alimentation : sa qualité, sa nature, les rythmes naturels comme la saisonnalité (lors de cures ciblées, par exemple).
• La vie émotionnelle en tant que facteur à part entière du bien-être : la gestion des émotions, du stress, du sommeil est explorée.
• L’activité physique adaptée à la personne permet d’harmoniser, équilibrer la vitalité comme le maintien de la mobilité selon les goûts, les capacités comme les besoins.
• La reconnexion à l’environnement : nature, plein air.
L’objectif consiste à amener la personne vers plus d’autonomie, la mise en œuvre d’habitudes de vie saines, comme le retour ou le maintien de la vitalité.
Les 5 fondements directeurs de la démarche d’analyse individuelle se basent sur :
Le causalisme ou la recherche de la cause du déséquilibre.
Le vitalisme consiste à stimuler ou retrouver un meilleur état de vitalité.
L’humorisme s’intéresse à d’éventuelles surcharges métaboliques liées à une mauvaise gestion des toxines.
L’hygiènisme prend en compte l’hygiène de vie au sens large : alimentation, émotions, exercice physique et environnement.
L’holisme consiste en la prise en compte de l’individu dans toutes ses dimensions : physique, mentale, émotionnelle.
Julie enrichit sa pratique par une nouvelle approche : la naturopathie
Pour Julie, infirmière libérale dans le Vaucluse, la formation à la naturopathie s’est inscrite assez naturellement dans son parcours. Lorsqu’elle débute le libéral, elle est déjà engagée dans ce cursus, entamé après plusieurs années d’exercice en service de réanimation. Cette formation lui a permis d’ouvrir sa pratique à une autre approche du soin et de sortir, selon ses mots, d’une forme de cloisonnement parfois ressenti dans l’exercice infirmier.
Dans son activité quotidienne, elle accompagne de nombreux patients atteints de pathologies lourdes, souvent dépendants, parfois en fin de vie. Des prises en charge essentielles, mais qui demandent une forte mobilisation émotionnelle. La naturopathie lui a fait découvrir une autre dynamique.
« Dans les soins de support, les patients viennent dans une démarche volontaire. Ils ont choisi cette approche et sont souvent très impliqués dans leur prise en charge. »
La relation de soin s’inscrit alors davantage dans une logique de collaboration. Les consultations portent notamment sur les habitudes de vie, l’alimentation, l’activité physique ou encore l’équilibre global de santé. Cette dimension préventive marque également une différence importante avec certaines situations rencontrées dans l’exercice libéral, souvent centrées sur des pathologies déjà installées. Pour Julie, cette pratique représente aussi une manière d’équilibrer son activité.
Dans le contexte actuel : pénurie de médecins, augmentation des pathologies chroniques, coordination de soins parfois très chronophage :elle offre un autre cadre d’accompagnement, avec une charge mentale moindre.
« Cela ne m’empêche pas d’aimer mon métier d’infirmière. Mais cette pratique apporte une forme de bouffée d’oxygène dans mon exercice. »
Avec le temps, Julie constate que ces deux approches se complètent. Son regard infirmier reste central dans sa pratique de naturopathe : connaissance des pathologies, vigilance face aux situations à risque et orientation vers le médecin lorsque cela est nécessaire, notamment en cas de pathologie cardiaque ou de diabète.
La naturopathie enrichit également sa posture d’infirmière. Elle lui permet d’aborder plus facilement certaines dimensions de la santé avec ses patients, notamment les habitudes de vie ou l’activité physique. Pour Julie, ces deux pratiques ne s’opposent pas : elles s’articulent.
« Finalement, elles se nourrissent l’une l’autre. Cela me permet d’accompagner les patients avec une vision plus globale de la santé. »
Dans cette démarche, elle travaille également en lien avec d’autres professionnels : kinésithérapeutes pour la prise en charge des douleurs ou des effets secondaires de traitements, psychologues pour l’accompagnement émotionnel, et médecins pour le suivi des pathologies.
L’objectif reste le même : aider les patients à retrouver un niveau de vitalité satisfaisant et soutenir durablement leur santé.
L’exemple de Julie illustre combien la formation peut devenir un levier d’évolution dans une carrière d’infirmière libérale. Qu’il s’agisse d’explorer des pratiques complémentaires, de transmettre son expérience ou d’investir de nouveaux champs d’activité, les possibilités d’évolution sont nombreuses pour celles qui souhaitent enrichir leur pratique.
Pour les infirmières qui souhaitent aller plus loin dans cette dynamique, certaines choisissent également de s’orienter vers la transmission et de devenir formatrices, afin de partager leur expertise et accompagner leurs consœurs dans le développement de leurs compétences.
Dans le prochain épisode de notre série Vies d’IDEL, nous partirons à la rencontre d’une infirmière engagée au sein d’une CPTS. Après un DU virage ambulatoire, elle participe au fonctionnement d’un centre de consultations médicales destiné aux patients sans médecin traitant et atteints de pathologies lourdes. Une initiative qui illustre une autre manière pour les infirmières de s’impliquer dans l’évolution de l’organisation des soins sur leur territoire.
Sources :
La naturopathie - Fédération française de Naturopathie Féna
Article rédigé en collaboration avec Béatrice Perrin, infirmière DE diplômée en 1989 - a exercé en structure pendant 20 ans en tant qu'IDEL